Qu’est-ce que ce silence intérieur ? par Sœur Christiane

Qu’est-ce que ce silence intérieur ? - Soeurs de Pomeyrol mars 2018

Cet appel, cette exhor­ta­tion au « silence inté­rieur » se trouve au cœur de la Règle spi­ri­tuelle qui est aujourd’hui celle de plu­sieurs com­mu­nau­tés reli­gieuses pro­tes­tantes ou œcu­mé­niques : la Fraternité spi­ri­tuelle des Veilleurs, la Communauté de Taizé, la Communauté de Pomeyrol. Cette petite Règle est éga­le­ment sui­vie par les sœurs dia­co­nesses de Strasbourg, à Strasbourg même et dans leur mai­son de la val­lée de Munster, au Hohrodberg.

La Règle com­plète dit « Prie et tra­vaille pour qu’Il règne. Que dans ta jour­née labeur et repos soient vivi­fiés par la Parole de Dieu. Maintiens en tout le silence inté­rieur pour demeu­rer en Christ. Pénètre-toi de l’Esprit des Béatitudes : joie sim­pli­ci­té, misé­ri­corde »

« Maintiens en tout le silence inté­rieur » Mais qu’est-ce que ce silence inté­rieur ? Pourquoi le dési­rer, et com­ment le « main­te­nir en tout » ?
Ces ques­tions nous sont sou­vent posées : par des amis, des proches de la com­mu­nau­té, ou des retrai­tants, dési­reux de com­prendre, d’expérimenter le silence inté­rieur.

Déjà, choi­sir de vivre quelques heures ou quelques jours dans une atmo­sphère de silence est un défi pour un homme, une femme, de notre temps : au quo­ti­dien, nous vivons au milieu de bruits mul­tiples et de conti­nuelles sol­li­ci­ta­tions qui dis­persent notre atten­tion, nous font pas­ser d’une chose à l’autre, constam­ment, et par­fois nous épuisent… Pour ne pas par­ler de nos com­mu­ni­ca­tions « tous azi­muts » qui nous per­mettent de joindre n’importe qui n’importe quand n’importe où, et font de nous des gens qui ne connaissent plus l’espace du désir, de l’attente. « Nos villes, sur­char­gées de bruits, tuent dans l’homme ce qu’il a d’essentiel » (Règle de Reuilly, cha­pitre « Silence »).

Pour la plu­part d’entre nous, le silence n’est donc pas un don­né natu­rel. Et encore moins le silence intérieur.

Nous sommes confrontés à tous nos bruits intérieurs

N’avons-nous pas expé­ri­men­té, les uns ou les autres, que, même lorsque nous recher­chons le silence, lorsque nous ten­tons de prendre du temps pour nous poser dans la prière, ou lorsque, même, nous met­tons quelques jours à part pour « faire retraite », nous sommes – jus­te­ment là – confron­tés à tous nos bruits inté­rieurs : Tout ce que nous por­tons en nous, plus ou moins consciem­ment, remonte et vient nous per­tur­ber ! Qu’y faire ? Eh bien, peut-être jus­te­ment rien : lais­ser pas­ser tout cela dans notre être inté­rieur comme passent les nuages chas­sés par le mis­tral en un jour de grand vent ! Et per­sé­vé­rer dans notre recherche !

Pour nous, en com­mu­nau­té, il est cer­tain que le rythme régu­lier quo­ti­dien que nous avons la chance de pou­voir obser­ver ensemble aide au silence inté­rieur : les quatre temps de prière com­mune chaque jour, sui­vis des moments de repas com­mu­nau­taires (dont deux repas en silence le matin et le soir), le temps mis à part pour la prière per­son­nelle . Cependant, cela non plus n’entraîne pas de soi le silence intérieur.

Le silence intérieur est un don

En fait, le silence inté­rieur est un don, et, en même temps, le recher­cher pro­cède d’un choix per­son­nel : tout comme dési­rer vivre en sim­pli­ci­té et renon­cer à ce qui est super­flu. Cela demande un effort per­son­nel, une cer­taine dis­ci­pline pour veiller au quo­ti­dien à ne pas se lais­ser rem­plir par ses pen­sées et ses sou­cis, ses rai­son­ne­ments, son affec­ti­vi­té ou ses ques­tion­ne­ments per­son­nels. Il ne s’agit pas de les igno­rer ou les refou­ler, mais les remettre au Seigneur moment après moment. Il faut s’exercer à les lui pré­sen­ter, dans la prière, sim­ple­ment, avec la confiance d’un enfant. Et puis « tu crains que le silence inté­rieur main­tienne en toi une ques­tion irré­so­lue ? Note alors le sujet de ton trouble ou de ton res­sen­ti­ment pour trou­ver plus tard la solu­tion » (Règle de Taizé)

D’autre part, vivre en recher­chant ce silence inté­rieur n’est pas le pri­vi­lège des reli­gieux ou des moines : cha­cun, cha­cune peut en faire l’expérience dans son quo­ti­dien. Il est des moments où nous sommes comme plon­gés dans une qua­li­té de silence par­ti­cu­lière : ain­si lorsque nous sommes sai­sis par la beau­té d’une œuvre musi­cale, ou d’un pay­sage, ou par une atmo­sphère de paix très dense (dans une église ou ailleurs…). Dans la soli­tude de la retraite, lorsque nous avons déli­bé­ré­ment choi­si de ne pas nous dis­per­ser par mille lec­tures (même très spi­ri­tuelles !) mais que nous avons per­sé­vé­ré dans le silence et la prière d’écoute, quand se sont cal­més nos remous inté­rieurs, il peut aus­si nous être don­né de prendre conscience de ce qui est là, (ou de Celui qui est là) : s’ouvre alors mon cœur à cette « voix de silence ténue » (1 Rois 19, V.12).

Chercher à vivre à l’écoute de l’Autre

Cependant, au plus quo­ti­dien, notre recherche du silence inté­rieur m’apparaît plu­tôt comme la réponse de notre désir aiman­té par celui qui, depuis l’aube des temps s’adresse à chacun/chacune de nous : « Où es-tu, Adam » ? Nous cher­chons alors à nous rendre présents/es à Celui qui nous cherche ain­si… Et cher­cher à être présent/e à l’Autre, cher­cher à vivre à son écoute, cela implique de recher­cher le silence inté­rieur !

Chercher à vivre à l’écoute de l’Autre, que ce soit le Tout Autre ou l’autre, qui est mon pro­chain, cela demande à ne pas être trop constam­ment encom­bré de soi, trop uni­que­ment cen­tré sur soi. Et com­ment être déli­vré de cet égo­cen­trisme tenace, de cet enrou­le­ment sur nous-mêmes, sinon en nous lais­sant rejoindre par un Autre jusque dans nos pro­fon­deurs ? Sinon en accueillant cet Autre qui se donne à nous dans sa Parole et dans la Cène ? Et com­ment l’accueillir sinon en fai­sant silence ?

Et c’est bien pour cela que nous dési­rons vivre le silence inté­rieur : dans notre Règle spi­ri­tuelle, l’exhortation au silence inté­rieur suit direc­te­ment l’appel à l’écoute de la Parole de Dieu « qui vivi­fie le tra­vail et le repos de la jour­née ». Dans les occur­rences du terme « silence » selon la concor­dance de la TOB, lorsque le silence a une signi­fi­ca­tion posi­tive, soit il est lié au res­pect dû à la pré­sence de Dieu (on fait silence devant Dieu… Toute créa­ture est appe­lée à faire silence en pré­sence de Dieu), soit il est lié à l’écoute de Dieu (par exemple dans Deutéronome 27, V.9).

Dans notre Règle, il est dit « main­tiens… le silence inté­rieur POUR demeu­rer en Christ ». Nous nous sou­ve­nons que l’Évangile selon Jean, ain­si que la 1re lettre de Jean, évoquent abon­dam­ment cette invite, cette exhor­ta­tion et cette pro­messe de Jésus à ses dis­ciples : « demeu­rez en moi et je demeu­re­rai en vous » (« comme le sar­ment atta­ché au cep ») « Si vous gar­dez ma parole, vous demeu­re­rez en moi » (Jean 14 et 15)

Le silence n’est pas un but en soi

Le silence n’est donc pas un but en soi. Il est recherche de la rela­tion vécue avec le Christ. Recherche d’une vie à son écoute. Désir de vivre la com­mu­nion qui nous est pro­mise et don­née par le Christ dans l’Esprit saint. Désir de la com­mu­nion avec Dieu et les uns avec les autres. Il est aus­si une dis­ci­pline, une obéis­sance libre­ment consen­tie. Le silence des lèvres, déjà, nous pousse à nous rendre plus pré­sent à l’autre : dans un repas en silence, il faut bien veiller à ce que l’autre, le voi­sin, la voi­sine, ait le pain, le sel, dont il/elle a besoin. Le silence rend plus atten­tif au Présent : à la nour­ri­ture qui m’est pré­sen­tée, à la joie ou à la mau­vaise humeur d’un vis-à-vis (« Que ton silence fait du bruit, ma sœur » !), à la vie qui est là, tout sim­ple­ment.

Lorsque le silence devient cet espace de pré­sence au pré­sent, de dis­po­ni­bi­li­té atten­tive à la vie, d’ouverture à l’autre, il per­met alors d’attendre dans la confiance du cœur ce qui advient, il per­met l’écoute et l’émerveillement, un tel silence est alors un silence de foi. Ne serait-ce pas de ce silence qu’il est ques­tion lorsque l’évangéliste Luc dit des femmes qu’elles « gar­dèrent le silence le jour du sab­bat selon la loi » ? (Luc 23, V.56) Le verbe employé a don­né, dans une cer­taine tra­di­tion spi­ri­tuelle, le terme « hésy­chasme ». Il peut être tra­duit de plu­sieurs façons : la tra­duc­tion la plus fré­quente dit « elles se repo­sèrent », mais il est aus­si pos­sible d’entendre qu’elles gardent le silence. J’aime cette tra­duc­tion. Nous sommes là au same­di Saint et, comme l’écrit Antoinette Butte dans « Semences », « Le same­di Saint, c’est le silence du Grand Sabbat de Dieu… Dieu se repose, parce que, comme à la créa­tion, tout ce qu’il vou­lait faire pour l’homme est fait. Tout est accom­pli. Nous vou­drions tou­jours que Dieu agisse, mais il faut qu’il laisse agir ce qu’Il a fait… C’est le temps de Dieu qui attend… C’est le grain de blé jeté en terre jusqu’aux racines de la Mort pour y faire écla­ter la Vie… Les femmes entrent dans le saint repos de Dieu… Elles se pré­parent… Selon la chair, il nous est enle­vé, mais l’amour ne démis­sionne pas… le Seigneur a pro­mis, et la foi ne doute pas… Il a dit de veiller, et l’espérance veille­ra ».

Puisse notre silence être aus­si signe de confiance, de vigi­lance et d’espérance, dans l’émerveillement de la vie don­née par grâce !

Sœur Christiane, Communauté de Pomeyrol

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