Le mardi 14 juillet 2026, Frère Augustin Tavardon a donné une magnifique retraite “Silence et Prière” avec pour thème :
” Vous êtes le sel de la terre”.
En voici le verbatim
« Rien n’est plus utile que le sel et le soleil. »
« nihil esse utilius sale et sole »
Dans l’Ancien Testament, le sel est un symbole ambivalent : il conserve et consacre lorsqu’il est lié à l’alliance ; il marque la stérilité et la désolation lorsqu’il est associé à la rupture ou au jugement.Avant d’être un symbole religieux, le sel est d’abord une réalité matérielle très simple, mais d’une grande puissance. Il donne du goût, bien sûr, mais surtout il conserve. Dans un monde ancien sans réfrigération, cette propriété était essentielle. Le sel permettait de préserver la viande, le poisson et d’autres aliments qui, autrement, se seraient rapidement corrompus.
Le sel ordinaire, ou chlorure de sodium, agit en diminuant l’eau disponible pour les micro-organismes. Les bactéries et les moisissures ont besoin d’eau pour se développer ; le sel attire cette eau, la retient, et rend ainsi le milieu moins favorable à la putréfaction. Il ne supprime pas absolument toute corruption, mais il la ralentit fortement. C’est pourquoi il a occupé une place capitale dans les sociétés anciennes : il était lié à la nourriture, au commerce, aux routes, aux salines, aux conserves, à la vie quotidienne.

Dans le monde biblique, le sel était aussi une réalité du paysage. La mer Morte, les régions salines, les dépôts naturels, les terres stériles marquées par le sel donnaient à cette matière une présence concrète. Le sel n’était pas une idée abstraite. Il était visible, utile, précieux, parfois inquiétant. Il conservait les aliments, mais une terre saturée de sel devenait infertile. Dès le départ, il porte donc une double possibilité : il peut préserver la vie, mais il peut aussi signaler la stérilité.
Cette valeur du sel n’est pas propre au monde biblique. La littérature grecque connaissait elle aussi la dignité particulière du sel. Dans l’Iliade, Homère parle du « sel divin » — ἁλὸς θείοιο — lorsqu’il décrit la préparation de la viande. Plutarque, dans les Propos de table, se demande précisément pourquoi Homère appelle le sel « divin ». Sa réponse est éclairante : le sel est honoré parce qu’il rend la nourriture agréable, mais surtout parce qu’il possède une puissance de conservation. Il empêche les corps de se corrompre, il retarde leur dissolution, il maintient ensemble ce qui tendrait à se défaire. Plutarque va jusqu’à comparer son action à celle de l’âme qui unit le corps vivant. Ainsi, dans la culture grecque comme dans la Bible, le sel est spontanément associé à la durée, à la cohésion et à la victoire provisoire sur la corruption.
C’est à partir de cette expérience concrète que l’Ancien Testament fait du sel un symbole théologique. Parce que le sel conserve ce qui pourrait se corrompre, il devient le signe de ce qui demeure. Parce qu’il empêche la décomposition, il peut signifier la fidélité. Parce qu’il donne durée à ce qui serait périssable, il devient apte à exprimer l’alliance.
Le premier texte fondamental est Lévitique 2,13. Il prescrit que toute offrande présentée au Seigneur soit accompagnée de sel. Le texte insiste : il ne faut pas laisser manquer sur l’offrande le « sel de l’alliance » de Dieu. Le sel n’est donc pas un simple ajout culinaire. Il est un signe cultuel. Il marque l’offrande du sceau de l’alliance.
Cela signifie que ce qui est offert à Dieu doit être préservé de la corruption, de l’instabilité, de la duplicité. L’offrande ne doit pas être seulement extérieure. Elle doit porter la marque d’une fidélité. Le sel indique que l’offrande appartient à une relation durable entre Dieu et son peuple. Offrir avec du sel, c’est reconnaître que le sacrifice s’inscrit dans l’alliance.
Ce premier texte donne donc au sel une valeur essentiellement cultuelle. Le sel est lié à l’autel. Il touche ce qui est présenté à Dieu. L’offrande salée devient l’image d’un don qui ne doit pas se corrompre, d’un geste religieux qui doit être habité par la fidélité intérieure.
Le deuxième texte fondamental est Nombres 18,19. Ici, le sel n’est plus seulement lié à l’offrande, mais au sacerdoce. Dieu donne à Aaron, à ses fils et à ses filles, une part dans les choses saintes d’Israël, et cette donation est appelée une alliance perpétuelle, une alliance de sel devant le Seigneur.
La symbolique s’élargit. Dans le Lévitique, le sel marquait l’offrande. Dans les Nombres, il marque le sacerdoce. Le service des prêtres est placé sous le signe d’une alliance durable. Les prêtres vivent des choses saintes parce qu’ils appartiennent au service du sanctuaire. Leur part vient de Dieu. Elle n’est pas simplement un avantage humain, mais une disposition sacrée.
Le sel signifie ici la permanence d’un service. Il indique que le sacerdoce n’est pas une fonction passagère ou simplement administrative. Il appartient à l’ordre de la consécration. Le prêtre est lié à Dieu, à l’autel, aux choses saintes. L’alliance de sel exprime donc une fidélité stable, attachée au service divin.
Le troisième texte fondamental est 2 Chroniques 13,5. Cette fois, le sel ne concerne plus seulement l’offrande ni le sacerdoce, mais la royauté. Le texte affirme que Dieu a donné la royauté à David et à ses fils par une alliance de sel. La promesse davidique est ainsi placée sous le signe de la durée, de la solidité, de l’irrévocabilité.
Nous avons alors un triptyque très fort. Dans Lévitique 2,13, le sel marque l’offrande. Dans Nombres 18,19, il marque le sacerdoce. Dans 2 Chroniques 13,5, il marque la royauté. Le même symbole relie donc l’autel, le prêtre et le roi.
Ce triptyque est capital. Il montre que le sel n’est pas un symbole isolé. Il structure trois dimensions fondamentales de la vie d’Israël devant Dieu : le sacrifice offert, le service sacerdotal, la promesse royale. Dans les trois cas, le sel signifie que ce qui vient de Dieu et ce qui est consacré à Dieu doit demeurer dans la fidélité.
À ce point, il serait possible de passer vers le Nouveau Testament, mais il faut d’abord laisser l’Ancien Testament enrichir lui-même cette symbolique. Car le sel n’apparaît pas seulement dans ces trois textes d’alliance. Il traverse aussi d’autres passages où il prend des nuances complémentaires : restauration du culte, guérison, protection de la vie, mais aussi stérilité et jugement.

Un premier enrichissement se trouve en Ézéchiel 43,24. Dans la grande vision du Temple restauré, le prophète décrit les sacrifices qui seront offerts au Seigneur, et le sel y apparaît de nouveau. Cette reprise est importante. Même dans la vision prophétique d’un sanctuaire renouvelé, le sel demeure présent dans le rite. Il ne s’agit donc pas d’un détail secondaire du culte ancien, mais d’un signe qui continue d’accompagner l’offrande lorsqu’elle est replacée dans l’ordre voulu par Dieu.
Ézéchiel confirme ainsi la valeur cultuelle du sel. Le culte restauré n’abolit pas ce signe ; il le reprend. L’offrande renouvelée reste une offrande marquée par le sel. Cela signifie que la restauration d’Israël passe par le retour à une offrande juste, pure, consacrée, conforme à l’alliance.
Un autre passage très significatif est 2 Rois 2,19–22, dans le cycle d’Élisée. Les habitants de Jéricho disent au prophète que la situation de la ville est bonne, mais que les eaux sont mauvaises et que le pays est frappé de stérilité. Élisée demande alors un vase neuf, rempli de sel. Il jette le sel dans la source et proclame que le Seigneur assainit ces eaux.
Ici, le sel n’est plus seulement le signe de l’offrande ou de l’alliance institutionnelle. Il devient signe prophétique de guérison. Il accompagne une parole de Dieu qui rend la vie possible. Le sel est jeté dans une source malade, et la source devient saine. Le geste ne doit pas être compris comme une simple technique naturelle ; il est un signe. Le sel manifeste visiblement l’action de Dieu qui guérit ce qui était atteint dans sa fécondité.
Ce passage est très précieux parce qu’il montre que le sel peut être associé non seulement à la conservation de ce qui est sain, mais aussi à la restauration de ce qui était malade. Le sel protège de la corruption ; ici, il devient signe d’une guérison de la source elle-même.
Un autre enrichissement apparaît en Ézéchiel 16,4. Le prophète évoque Jérusalem comme une enfant abandonnée à sa naissance. Elle n’a pas été lavée, elle n’a pas été frottée de sel, elle n’a pas été enveloppée de langes. Le sel est ici mentionné dans le contexte des soins donnés au nouveau-né.
Cette référence est discrète, mais importante. Le sel n’est plus seulement lié au sacrifice, au sacerdoce ou à la royauté ; il est lié à la protection de la vie fragile. Être frotté de sel, dans ce contexte, évoque un soin, une attention donnée à celui qui vient de naître. L’absence de sel devient le signe de l’abandon. Jérusalem est décrite comme une enfant non soignée, non protégée, exposée.
Le sel garde donc ici une valeur de protection. Il accompagne le début de la vie. Il symbolise l’attention première qui préserve l’existence fragile. Dans le cadre prophétique, cette image renforce l’accusation : Jérusalem n’avait rien par elle-même ; elle était abandonnée, sans soin, sans protection, jusqu’à ce que Dieu se penche sur elle.
Mais l’Ancien Testament donne aussi au sel une signification plus sombre. Le sel peut être signe de stérilité, de désolation et de jugement. Cette ambivalence est essentielle. Le même sel qui conserve les aliments peut rendre une terre impropre à la culture. Le même élément qui protège contre la corruption peut, en excès, devenir image d’infécondité.
En Juges 9,45, Abimélek détruit Sichem et sème la ville de sel. Le geste signifie que la ville est livrée à la ruine, comme si elle devait devenir inhabitable et stérile. Ici, le sel n’est pas le sel de l’alliance, mais le sel de la malédiction. Il marque une rupture, une destruction, une volonté d’empêcher la ville de renaître.
Les prophètes utilisent aussi cette image. En Jérémie 17,6, l’homme qui met sa confiance dans l’homme et détourne son cœur du Seigneur est comparé à un arbuste dans le désert, installé dans une terre salée et inhabitable. Le sel devient alors l’image d’une existence desséchée, coupée de la source de la vie. La terre salée représente une vie qui ne peut plus porter de fruit parce qu’elle s’est détournée de Dieu.
En Sophonie 2,9, Moab et Ammon sont menacés de devenir comme Sodome et Gomorrhe, un lieu de ronces, de salines et de désolation. Là encore, le sel est associé au jugement. Il évoque une terre abandonnée, une terre où la vie ne se déploie plus, une terre devenue mémoire de la ruine.
Enfin, Ézéchiel 47,11 offre une nuance très fine. Dans la vision des eaux qui sortent du Temple, l’eau vive assainit la mer et fait renaître la vie. Mais certains marais et lagunes ne sont pas assainis : ils sont laissés au sel. Le contraste est très fort. Là où passe l’eau venue du sanctuaire, la vie revient. Là où cette eau ne transforme pas, il reste le sel, c’est-à-dire une zone non guérie, non fécondée, laissée à sa stérilité.
Ce passage permet de comprendre l’ambivalence profonde du sel. Dans l’alliance, le sel conserve. Dans le culte, il consacre. Dans le sacerdoce, il signifie la permanence. Dans la royauté, il signifie la promesse durable. Mais lorsqu’il est séparé de la vie donnée par Dieu, il peut devenir signe de stérilité. Le sel peut conserver la vie, mais il ne crée pas la vie par lui-même. Il a besoin d’être situé dans l’ordre de l’alliance et de la bénédiction.
Ainsi, l’Ancien Testament développe une théologie du sel beaucoup plus riche qu’une simple image de saveur. Le sel est d’abord matière de conservation. Puis il devient signe cultuel dans l’offrande. Ensuite, il devient signe institutionnel dans le sacerdoce et la royauté. Enfin, dans les récits prophétiques et les oracles, il devient signe de guérison, de protection, mais aussi de désolation et de jugement.
Le triptyque Lévitique 2,13 — Nombres 18,19 — 2 Chroniques 13,5 reste donc le centre de cette théologie. Il donne la structure principale : offrande, sacerdoce, royauté. Les autres textes de l’Ancien Testament ne remplacent pas ce centre ; ils l’enrichissent. Ils montrent que le sel touche aussi à la source guérie, à l’enfant protégé, à la terre rendue stérile, au Temple restauré.
En conclusion, le sel dans l’Ancien Testament est le signe de ce qui résiste à la corruption lorsqu’il est placé dans l’alliance de Dieu. Il marque l’offrande qui monte vers Dieu, le sacerdoce qui sert devant Dieu, la royauté que Dieu promet à David. Mais il rappelle aussi que ce qui se coupe de Dieu devient stérile. Le sel est donc à la fois promesse et avertissement : promesse de fidélité pour ce qui demeure dans l’alliance, avertissement de désolation pour ce qui s’en sépare.
Le sel de l’alliance
Seigneur notre Dieu,
tu as voulu que le sel accompagne l’offrande
et rappelle la fidélité de ton alliance.
Mets en nous le sel de cette alliance.
Préserve notre cœur de la corruption,
de l’oubli et de la duplicité.
Que notre vie soit une offrande vraie,
pauvre et fidèle,
gardée par ton amour.
Amen.
Annexes : Textes de l’Ancien Testament cités sur le sel
Les traductions suivantes sont des traductions de travail, destinées à accompagner l’exposé. Elles ne remplacent pas une traduction biblique officielle, mais elles permettent de faire apparaître clairement le rôle du sel dans chaque passage.
I. Le triptyque central de l’alliance de sel
1. Lévitique 2,13
Le sel sur l’offrande
Tu mettras du sel sur toute offrande que tu présenteras. Tu ne laisseras pas manquer sur ton offrande le sel de l’alliance de ton Dieu. Avec toutes tes offrandes, tu présenteras du sel.
Ce texte est le point de départ. Le sel est lié directement à l’offrande. Ce qui est présenté à Dieu doit porter le signe de l’alliance. Le sel indique que l’offrande ne doit pas être livrée à la corruption, mais inscrite dans la fidélité.
Expression importante : « Le sel de l’alliance de ton Dieu ».
2. Nombres 18,19
Le sel comme alliance sacerdotale
Toutes les contributions saintes que les fils d’Israël prélèvent pour le Seigneur, je te les donne, ainsi qu’à tes fils et à tes filles avec toi, comme une règle perpétuelle. C’est une alliance de sel, perpétuelle, devant le Seigneur, pour toi et pour ta descendance avec toi.
Ici, le sel n’est plus seulement sur l’offrande. Il qualifie l’alliance entre Dieu et le sacerdoce d’Aaron. Les choses saintes données aux prêtres sont placées sous le signe d’une alliance stable, durable, irrévocable.
Expression importante : « une alliance de sel, perpétuelle, devant le Seigneur ».
3. 2 Chroniques 13,5
Le sel comme alliance royale avec David
Ne savez-vous pas que le Seigneur, Dieu d’Israël, a donné pour toujours la royauté sur Israël à David et à ses fils, par une alliance de sel ?
Dans ce passage, le symbole s’élargit encore. Le sel concerne maintenant la royauté davidique. La promesse faite à David et à ses descendants est décrite comme une alliance de sel, c’est-à-dire comme une alliance durable, stable, qui porte la marque de la fidélité divine.
Expression importante : « par une alliance de sel ».
Textes d’enrichissement dans l’Ancien Testament
4. Ézéchiel 43,24
Le sel dans le culte restauré
Tu les présenteras devant le Seigneur ; les prêtres jetteront du sel sur eux et les offriront en holocauste au Seigneur.
Dans la vision du Temple restauré, le sel reste présent dans le rite sacrificiel. Cela montre que le sel n’est pas seulement un détail ancien du culte lévitique. Il accompagne encore l’offrande dans la vision prophétique d’un culte renouvelé.
Idée principale : le culte restauré conserve le signe du sel.
5. 2 Rois 2,19–22
Le sel comme signe de guérison
Les gens de la ville dirent à Élisée : Voici, le séjour de cette ville est bon, comme mon seigneur le voit ; mais les eaux sont mauvaises et le pays est frappé de stérilité.
Il dit : Apportez-moi un vase neuf et mettez‑y du sel. Ils le lui apportèrent.
Il alla vers la source des eaux, y jeta le sel et dit : Ainsi parle le Seigneur : J’assainis ces eaux ; il n’en viendra plus ni mort ni stérilité.
Et les eaux furent assainies jusqu’à ce jour, selon la parole qu’Élisée avait dite.
Ce récit est important parce que le sel y apparaît comme signe prophétique de guérison. Il est jeté dans une source malade, et Dieu assainit les eaux. Le sel ne fonctionne pas comme une technique magique ; il accompagne une parole efficace du Seigneur.
Idée principale : le sel devient signe visible d’une restauration donnée par Dieu.
6. Ézéchiel 16,4
Le sel comme soin du nouveau-né
À ta naissance, le jour où tu es née, ton cordon n’a pas été coupé ; tu n’as pas été lavée dans l’eau pour être purifiée ; tu n’as pas été frottée de sel ; tu n’as pas été enveloppée de langes.
Le prophète décrit Jérusalem comme une enfant abandonnée à sa naissance. Le fait de ne pas être frottée de sel signifie l’absence de soin, de protection et d’accueil. Ici, le sel est lié à la fragilité de la vie naissante.
Idée principale : l’absence de sel devient signe d’abandon.
7. Juges 9,45
Le sel comme signe de destruction
Abimélek combattit la ville tout ce jour-là ; il prit la ville, tua le peuple qui s’y trouvait, détruisit la ville et y sema du sel.
Ici, le sel a une signification négative. Semer une ville de sel signifie la vouer à la ruine et à la stérilité. Le sel n’est plus le signe de l’alliance qui conserve, mais le signe d’une destruction durable.
Idée principale : le sel peut signifier la malédiction et l’infécondité.
8. Jérémie 17,6
La terre salée comme image d’une vie sans Dieu
Il sera comme un buisson dans le désert ; il ne verra pas venir le bonheur. Il habitera les lieux brûlés du désert, une terre salée et inhabitable.
Le prophète parle de l’homme qui met sa confiance dans l’homme et détourne son cœur du Seigneur. La terre salée représente une existence desséchée, coupée de la source de la vie.
Idée principale : la terre salée devient image de stérilité spirituelle.
9. Sophonie 2,9
Le sel comme image de désolation
C’est pourquoi, par ma vie, oracle du Seigneur de l’univers, Dieu d’Israël : Moab deviendra comme Sodome, et les fils d’Ammon comme Gomorrhe, un lieu couvert d’orties, une carrière de sel, une désolation pour toujours.
Le sel apparaît ici dans un oracle de jugement. Il évoque une terre ruinée, devenue impropre à la vie, comme Sodome et Gomorrhe. Le sel marque la mémoire d’une destruction.
Idée principale : le sel peut devenir signe de jugement durable.
10. Ézéchiel 47,11
Les marais laissés au sel
Mais ses marais et ses lagunes ne seront pas assainis ; ils seront abandonnés au sel.
Dans la vision des eaux qui sortent du Temple, l’eau vive apporte guérison et fécondité. Mais certains lieux ne sont pas assainis : ils sont laissés au sel. Le contraste est fort : là où passe l’eau venue du sanctuaire, la vie revient ; là où elle ne passe pas, demeure la stérilité.
Idée principale : le sel marque ce qui reste hors de la guérison.
Synthèse des textes
Le parcours de ces textes permet de distinguer deux grands usages du sel dans l’Ancien Testament.
- D’une part, le sel est positif lorsqu’il est lié à l’alliance, à l’offrande, au sacerdoce, à la royauté ou à la guérison. Il signifie alors la conservation, la fidélité, la stabilité et la protection.
- D’autre part, le sel devient négatif lorsqu’il est associé à une terre abandonnée, détruite ou stérile. Il signifie alors la désolation, l’infécondité et le jugement.
Le triptyque central reste donc :
- Lévitique 2,13 : le sel de l’offrande.
- Nombres 18,19 : le sel du sacerdoce.
- 2 Chroniques 13,5 : le sel de la royauté.
Les autres textes enrichissent cette structure. Ils montrent que le sel peut aussi guérir une source, protéger une vie naissante, ou au contraire marquer une terre devenue stérile. Ainsi, dans l’Ancien Testament, le sel est à la fois un signe de fidélité et un signe d’avertissement.
Plan de l’intervention
Introduction
Le sel est d’abord une réalité matérielle : il conserve, protège de la corruption, donne durée à ce qui serait périssable.
I. Le sel comme matière conservatrice
Brève présentation de sa composition, de son fonctionnement et de son importance dans l’Antiquité.
II. Le triptyque biblique de l’alliance de sel
- Lévitique 2,13 : le sel sur l’offrande.
- Nombres 18,19 : le sel comme alliance sacerdotale.
- 2 Chroniques 13,5 : le sel comme alliance royale avec David.
III. Enrichissements dans l’Ancien Testament
- Ézéchiel 43,24 : le sel dans le culte restauré.
- 2 Rois 2,19–22 : le sel comme signe de guérison.
- Ézéchiel 16,4 : le sel comme soin donné au nouveau-né.
- Juges 9,45 ; Jérémie 17,6 ; Sophonie 2,9 ; Ézéchiel 47,11 : le sel comme image de stérilité, d’abandon ou de jugement.
Conclusion
