Frère Augustin : Le sel de l’alliance : fidélité et incorruptibilité

Le mar­di 14 juillet 2026, Frère Augustin Tavardon a don­né une magni­fique retraite “Silence et Prière” avec pour thème : 

” Vous êtes le sel de la terre”. 

En voi­ci le verbatim


« Rien n’est plus utile que le sel et le soleil. »
« nihil esse uti­lius sale et sole »

Dans l’Ancien Testament, le sel est un sym­bole ambi­va­lent : il conserve et consacre lorsqu’il est lié à l’alliance ; il marque la sté­ri­li­té et la déso­la­tion lorsqu’il est asso­cié à la rup­ture ou au jugement.Avant d’être un sym­bole reli­gieux, le sel est d’abord une réa­li­té maté­rielle très simple, mais d’une grande puis­sance. Il donne du goût, bien sûr, mais sur­tout il conserve. Dans un monde ancien sans réfri­gé­ra­tion, cette pro­prié­té était essen­tielle. Le sel per­met­tait de pré­ser­ver la viande, le pois­son et d’autres ali­ments qui, autre­ment, se seraient rapi­de­ment corrompus.

Le sel ordi­naire, ou chlo­rure de sodium, agit en dimi­nuant l’eau dis­po­nible pour les micro-organismes. Les bac­té­ries et les moi­sis­sures ont besoin d’eau pour se déve­lop­per ; le sel attire cette eau, la retient, et rend ain­si le milieu moins favo­rable à la putré­fac­tion. Il ne sup­prime pas abso­lu­ment toute cor­rup­tion, mais il la ralen­tit for­te­ment. C’est pour­quoi il a occu­pé une place capi­tale dans les socié­tés anciennes : il était lié à la nour­ri­ture, au com­merce, aux routes, aux salines, aux conserves, à la vie quotidienne.

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Dans le monde biblique, le sel était aus­si une réa­li­té du pay­sage. La mer Morte, les régions salines, les dépôts natu­rels, les terres sté­riles mar­quées par le sel don­naient à cette matière une pré­sence concrète. Le sel n’était pas une idée abs­traite. Il était visible, utile, pré­cieux, par­fois inquié­tant. Il conser­vait les ali­ments, mais une terre satu­rée de sel deve­nait infer­tile. Dès le départ, il porte donc une double pos­si­bi­li­té : il peut pré­ser­ver la vie, mais il peut aus­si signa­ler la stérilité.

Cette valeur du sel n’est pas propre au monde biblique. La lit­té­ra­ture grecque connais­sait elle aus­si la digni­té par­ti­cu­lière du sel. Dans l’Iliade, Homère parle du « sel divin » — ἁλὸς θείοιο — lorsqu’il décrit la pré­pa­ra­tion de la viande. Plutarque, dans les Propos de table, se demande pré­ci­sé­ment pour­quoi Homère appelle le sel « divin ». Sa réponse est éclai­rante : le sel est hono­ré parce qu’il rend la nour­ri­ture agréable, mais sur­tout parce qu’il pos­sède une puis­sance de conser­va­tion. Il empêche les corps de se cor­rompre, il retarde leur dis­so­lu­tion, il main­tient ensemble ce qui ten­drait à se défaire. Plutarque va jusqu’à com­pa­rer son action à celle de l’âme qui unit le corps vivant. Ainsi, dans la culture grecque comme dans la Bible, le sel est spon­ta­né­ment asso­cié à la durée, à la cohé­sion et à la vic­toire pro­vi­soire sur la corruption.

C’est à par­tir de cette expé­rience concrète que l’Ancien Testament fait du sel un sym­bole théo­lo­gique. Parce que le sel conserve ce qui pour­rait se cor­rompre, il devient le signe de ce qui demeure. Parce qu’il empêche la décom­po­si­tion, il peut signi­fier la fidé­li­té. Parce qu’il donne durée à ce qui serait péris­sable, il devient apte à expri­mer l’alliance.

Le pre­mier texte fon­da­men­tal est Lévitique 2,13. Il pres­crit que toute offrande pré­sen­tée au Seigneur soit accom­pa­gnée de sel. Le texte insiste : il ne faut pas lais­ser man­quer sur l’offrande le « sel de l’alliance » de Dieu. Le sel n’est donc pas un simple ajout culi­naire. Il est un signe cultuel. Il marque l’offrande du sceau de l’alliance.

Cela signi­fie que ce qui est offert à Dieu doit être pré­ser­vé de la cor­rup­tion, de l’instabilité, de la dupli­ci­té. L’offrande ne doit pas être seule­ment exté­rieure. Elle doit por­ter la marque d’une fidé­li­té. Le sel indique que l’offrande appar­tient à une rela­tion durable entre Dieu et son peuple. Offrir avec du sel, c’est recon­naître que le sacri­fice s’inscrit dans l’alliance.

Ce pre­mier texte donne donc au sel une valeur essen­tiel­le­ment cultuelle. Le sel est lié à l’autel. Il touche ce qui est pré­sen­té à Dieu. L’offrande salée devient l’image d’un don qui ne doit pas se cor­rompre, d’un geste reli­gieux qui doit être habi­té par la fidé­li­té intérieure.

Le deuxième texte fon­da­men­tal est Nombres 18,19. Ici, le sel n’est plus seule­ment lié à l’offrande, mais au sacer­doce. Dieu donne à Aaron, à ses fils et à ses filles, une part dans les choses saintes d’Israël, et cette dona­tion est appe­lée une alliance per­pé­tuelle, une alliance de sel devant le Seigneur.

La sym­bo­lique s’élargit. Dans le Lévitique, le sel mar­quait l’offrande. Dans les Nombres, il marque le sacer­doce. Le ser­vice des prêtres est pla­cé sous le signe d’une alliance durable. Les prêtres vivent des choses saintes parce qu’ils appar­tiennent au ser­vice du sanc­tuaire. Leur part vient de Dieu. Elle n’est pas sim­ple­ment un avan­tage humain, mais une dis­po­si­tion sacrée.

Le sel signi­fie ici la per­ma­nence d’un ser­vice. Il indique que le sacer­doce n’est pas une fonc­tion pas­sa­gère ou sim­ple­ment admi­nis­tra­tive. Il appar­tient à l’ordre de la consé­cra­tion. Le prêtre est lié à Dieu, à l’autel, aux choses saintes. L’alliance de sel exprime donc une fidé­li­té stable, atta­chée au ser­vice divin.

Le troi­sième texte fon­da­men­tal est 2 Chroniques 13,5. Cette fois, le sel ne concerne plus seule­ment l’offrande ni le sacer­doce, mais la royau­té. Le texte affirme que Dieu a don­né la royau­té à David et à ses fils par une alliance de sel. La pro­messe davi­dique est ain­si pla­cée sous le signe de la durée, de la soli­di­té, de l’irrévocabilité.

Nous avons alors un trip­tyque très fort. Dans Lévitique 2,13, le sel marque l’offrande. Dans Nombres 18,19, il marque le sacer­doce. Dans 2 Chroniques 13,5, il marque la royau­té. Le même sym­bole relie donc l’autel, le prêtre et le roi.

Ce trip­tyque est capi­tal. Il montre que le sel n’est pas un sym­bole iso­lé. Il struc­ture trois dimen­sions fon­da­men­tales de la vie d’Israël devant Dieu : le sacri­fice offert, le ser­vice sacer­do­tal, la pro­messe royale. Dans les trois cas, le sel signi­fie que ce qui vient de Dieu et ce qui est consa­cré à Dieu doit demeu­rer dans la fidélité.

À ce point, il serait pos­sible de pas­ser vers le Nouveau Testament, mais il faut d’abord lais­ser l’Ancien Testament enri­chir lui-même cette sym­bo­lique. Car le sel n’apparaît pas seule­ment dans ces trois textes d’alliance. Il tra­verse aus­si d’autres pas­sages où il prend des nuances com­plé­men­taires : res­tau­ra­tion du culte, gué­ri­son, pro­tec­tion de la vie, mais aus­si sté­ri­li­té et jugement.

sel

Un pre­mier enri­chis­se­ment se trouve en Ézéchiel 43,24. Dans la grande vision du Temple res­tau­ré, le pro­phète décrit les sacri­fices qui seront offerts au Seigneur, et le sel y appa­raît de nou­veau. Cette reprise est impor­tante. Même dans la vision pro­phé­tique d’un sanc­tuaire renou­ve­lé, le sel demeure pré­sent dans le rite. Il ne s’agit donc pas d’un détail secon­daire du culte ancien, mais d’un signe qui conti­nue d’accompagner l’offrande lorsqu’elle est repla­cée dans l’ordre vou­lu par Dieu.

Ézéchiel confirme ain­si la valeur cultuelle du sel. Le culte res­tau­ré n’abolit pas ce signe ; il le reprend. L’offrande renou­ve­lée reste une offrande mar­quée par le sel. Cela signi­fie que la res­tau­ra­tion d’Israël passe par le retour à une offrande juste, pure, consa­crée, conforme à l’alliance.

Un autre pas­sage très signi­fi­ca­tif est 2 Rois 2,19–22, dans le cycle d’Élisée. Les habi­tants de Jéricho disent au pro­phète que la situa­tion de la ville est bonne, mais que les eaux sont mau­vaises et que le pays est frap­pé de sté­ri­li­té. Élisée demande alors un vase neuf, rem­pli de sel. Il jette le sel dans la source et pro­clame que le Seigneur assai­nit ces eaux.

Ici, le sel n’est plus seule­ment le signe de l’offrande ou de l’alliance ins­ti­tu­tion­nelle. Il devient signe pro­phé­tique de gué­ri­son. Il accom­pagne une parole de Dieu qui rend la vie pos­sible. Le sel est jeté dans une source malade, et la source devient saine. Le geste ne doit pas être com­pris comme une simple tech­nique natu­relle ; il est un signe. Le sel mani­feste visi­ble­ment l’action de Dieu qui gué­rit ce qui était atteint dans sa fécondité.

Ce pas­sage est très pré­cieux parce qu’il montre que le sel peut être asso­cié non seule­ment à la conser­va­tion de ce qui est sain, mais aus­si à la res­tau­ra­tion de ce qui était malade. Le sel pro­tège de la cor­rup­tion ; ici, il devient signe d’une gué­ri­son de la source elle-même.

Un autre enri­chis­se­ment appa­raît en Ézéchiel 16,4. Le pro­phète évoque Jérusalem comme une enfant aban­don­née à sa nais­sance. Elle n’a pas été lavée, elle n’a pas été frot­tée de sel, elle n’a pas été enve­lop­pée de langes. Le sel est ici men­tion­né dans le contexte des soins don­nés au nouveau-né.

Cette réfé­rence est dis­crète, mais impor­tante. Le sel n’est plus seule­ment lié au sacri­fice, au sacer­doce ou à la royau­té ; il est lié à la pro­tec­tion de la vie fra­gile. Être frot­té de sel, dans ce contexte, évoque un soin, une atten­tion don­née à celui qui vient de naître. L’absence de sel devient le signe de l’abandon. Jérusalem est décrite comme une enfant non soi­gnée, non pro­té­gée, exposée.

Le sel garde donc ici une valeur de pro­tec­tion. Il accom­pagne le début de la vie. Il sym­bo­lise l’attention pre­mière qui pré­serve l’existence fra­gile. Dans le cadre pro­phé­tique, cette image ren­force l’accusation : Jérusalem n’avait rien par elle-même ; elle était aban­don­née, sans soin, sans pro­tec­tion, jusqu’à ce que Dieu se penche sur elle.

Mais l’Ancien Testament donne aus­si au sel une signi­fi­ca­tion plus sombre. Le sel peut être signe de sté­ri­li­té, de déso­la­tion et de juge­ment. Cette ambi­va­lence est essen­tielle. Le même sel qui conserve les ali­ments peut rendre une terre impropre à la culture. Le même élé­ment qui pro­tège contre la cor­rup­tion peut, en excès, deve­nir image d’infécondité.

En Juges 9,45, Abimélek détruit Sichem et sème la ville de sel. Le geste signi­fie que la ville est livrée à la ruine, comme si elle devait deve­nir inha­bi­table et sté­rile. Ici, le sel n’est pas le sel de l’alliance, mais le sel de la malé­dic­tion. Il marque une rup­ture, une des­truc­tion, une volon­té d’empêcher la ville de renaître.

Les pro­phètes uti­lisent aus­si cette image. En Jérémie 17,6, l’homme qui met sa confiance dans l’homme et détourne son cœur du Seigneur est com­pa­ré à un arbuste dans le désert, ins­tal­lé dans une terre salée et inha­bi­table. Le sel devient alors l’image d’une exis­tence des­sé­chée, cou­pée de la source de la vie. La terre salée repré­sente une vie qui ne peut plus por­ter de fruit parce qu’elle s’est détour­née de Dieu.

En Sophonie 2,9, Moab et Ammon sont mena­cés de deve­nir comme Sodome et Gomorrhe, un lieu de ronces, de salines et de déso­la­tion. Là encore, le sel est asso­cié au juge­ment. Il évoque une terre aban­don­née, une terre où la vie ne se déploie plus, une terre deve­nue mémoire de la ruine.

Enfin, Ézéchiel 47,11 offre une nuance très fine. Dans la vision des eaux qui sortent du Temple, l’eau vive assai­nit la mer et fait renaître la vie. Mais cer­tains marais et lagunes ne sont pas assai­nis : ils sont lais­sés au sel. Le contraste est très fort. Là où passe l’eau venue du sanc­tuaire, la vie revient. Là où cette eau ne trans­forme pas, il reste le sel, c’est-à-dire une zone non gué­rie, non fécon­dée, lais­sée à sa stérilité.

Ce pas­sage per­met de com­prendre l’ambivalence pro­fonde du sel. Dans l’alliance, le sel conserve. Dans le culte, il consacre. Dans le sacer­doce, il signi­fie la per­ma­nence. Dans la royau­té, il signi­fie la pro­messe durable. Mais lorsqu’il est sépa­ré de la vie don­née par Dieu, il peut deve­nir signe de sté­ri­li­té. Le sel peut conser­ver la vie, mais il ne crée pas la vie par lui-même. Il a besoin d’être situé dans l’ordre de l’alliance et de la bénédiction.

Ainsi, l’Ancien Testament déve­loppe une théo­lo­gie du sel beau­coup plus riche qu’une simple image de saveur. Le sel est d’abord matière de conser­va­tion. Puis il devient signe cultuel dans l’offrande. Ensuite, il devient signe ins­ti­tu­tion­nel dans le sacer­doce et la royau­té. Enfin, dans les récits pro­phé­tiques et les oracles, il devient signe de gué­ri­son, de pro­tec­tion, mais aus­si de déso­la­tion et de jugement.

Le trip­tyque Lévitique 2,13 — Nombres 18,19 — 2 Chroniques 13,5 reste donc le centre de cette théo­lo­gie. Il donne la struc­ture prin­ci­pale : offrande, sacer­doce, royau­té. Les autres textes de l’Ancien Testament ne rem­placent pas ce centre ; ils l’enrichissent. Ils montrent que le sel touche aus­si à la source gué­rie, à l’enfant pro­té­gé, à la terre ren­due sté­rile, au Temple restauré.

En conclu­sion, le sel dans l’Ancien Testament est le signe de ce qui résiste à la cor­rup­tion lorsqu’il est pla­cé dans l’alliance de Dieu. Il marque l’offrande qui monte vers Dieu, le sacer­doce qui sert devant Dieu, la royau­té que Dieu pro­met à David. Mais il rap­pelle aus­si que ce qui se coupe de Dieu devient sté­rile. Le sel est donc à la fois pro­messe et aver­tis­se­ment : pro­messe de fidé­li­té pour ce qui demeure dans l’alliance, aver­tis­se­ment de déso­la­tion pour ce qui s’en sépare.

Le sel de l’alliance
Seigneur notre Dieu,
tu as vou­lu que le sel accom­pagne l’offrande
et rap­pelle la fidé­li­té de ton alliance.
Mets en nous le sel de cette alliance.
Préserve notre cœur de la cor­rup­tion,
de l’oubli et de la dupli­ci­té.
Que notre vie soit une offrande vraie,
pauvre et fidèle,
gar­dée par ton amour.
Amen.

Annexes : Textes de l’Ancien Testament cités sur le sel

Les tra­duc­tions sui­vantes sont des tra­duc­tions de tra­vail, des­ti­nées à accom­pa­gner l’exposé. Elles ne rem­placent pas une tra­duc­tion biblique offi­cielle, mais elles per­mettent de faire appa­raître clai­re­ment le rôle du sel dans chaque passage.

I. Le triptyque central de l’alliance de sel

1. Lévitique 2,13

Le sel sur l’offrande

Tu met­tras du sel sur toute offrande que tu pré­sen­te­ras. Tu ne lais­se­ras pas man­quer sur ton offrande le sel de l’alliance de ton Dieu. Avec toutes tes offrandes, tu pré­sen­te­ras du sel.

Ce texte est le point de départ. Le sel est lié direc­te­ment à l’offrande. Ce qui est pré­sen­té à Dieu doit por­ter le signe de l’alliance. Le sel indique que l’offrande ne doit pas être livrée à la cor­rup­tion, mais ins­crite dans la fidélité.

Expression impor­tante : « Le sel de l’alliance de ton Dieu ».

2. Nombres 18,19

Le sel comme alliance sacerdotale

Toutes les contri­bu­tions saintes que les fils d’Israël pré­lèvent pour le Seigneur, je te les donne, ain­si qu’à tes fils et à tes filles avec toi, comme une règle per­pé­tuelle. C’est une alliance de sel, per­pé­tuelle, devant le Seigneur, pour toi et pour ta des­cen­dance avec toi.

Ici, le sel n’est plus seule­ment sur l’offrande. Il qua­li­fie l’alliance entre Dieu et le sacer­doce d’Aaron. Les choses saintes don­nées aux prêtres sont pla­cées sous le signe d’une alliance stable, durable, irrévocable.

Expression impor­tante : « une alliance de sel, per­pé­tuelle, devant le Seigneur ».

3. 2 Chroniques 13,5

Le sel comme alliance royale avec David

Ne savez-vous pas que le Seigneur, Dieu d’Israël, a don­né pour tou­jours la royau­té sur Israël à David et à ses fils, par une alliance de sel ?

Dans ce pas­sage, le sym­bole s’élargit encore. Le sel concerne main­te­nant la royau­té davi­dique. La pro­messe faite à David et à ses des­cen­dants est décrite comme une alliance de sel, c’est-à-dire comme une alliance durable, stable, qui porte la marque de la fidé­li­té divine.

Expression impor­tante : « par une alliance de sel ».

Textes d’enrichissement dans l’Ancien Testament

4. Ézéchiel 43,24

Le sel dans le culte restauré

Tu les pré­sen­te­ras devant le Seigneur ; les prêtres jet­te­ront du sel sur eux et les offri­ront en holo­causte au Seigneur.

Dans la vision du Temple res­tau­ré, le sel reste pré­sent dans le rite sacri­fi­ciel. Cela montre que le sel n’est pas seule­ment un détail ancien du culte lévi­tique. Il accom­pagne encore l’offrande dans la vision pro­phé­tique d’un culte renouvelé.

Idée prin­ci­pale : le culte res­tau­ré conserve le signe du sel.

5. 2 Rois 2,19–22

Le sel comme signe de guérison

Les gens de la ville dirent à Élisée : Voici, le séjour de cette ville est bon, comme mon sei­gneur le voit ; mais les eaux sont mau­vaises et le pays est frap­pé de sté­ri­li­té.
Il dit : Apportez-moi un vase neuf et mettez‑y du sel. Ils le lui appor­tèrent.
Il alla vers la source des eaux, y jeta le sel et dit : Ainsi parle le Seigneur : J’assainis ces eaux ; il n’en vien­dra plus ni mort ni sté­ri­li­té.
Et les eaux furent assai­nies jusqu’à ce jour, selon la parole qu’Élisée avait dite.

Ce récit est impor­tant parce que le sel y appa­raît comme signe pro­phé­tique de gué­ri­son. Il est jeté dans une source malade, et Dieu assai­nit les eaux. Le sel ne fonc­tionne pas comme une tech­nique magique ; il accom­pagne une parole effi­cace du Seigneur.

Idée prin­ci­pale : le sel devient signe visible d’une res­tau­ra­tion don­née par Dieu.

6. Ézéchiel 16,4

Le sel comme soin du nouveau-né

À ta nais­sance, le jour où tu es née, ton cor­don n’a pas été cou­pé ; tu n’as pas été lavée dans l’eau pour être puri­fiée ; tu n’as pas été frot­tée de sel ; tu n’as pas été enve­lop­pée de langes.

Le pro­phète décrit Jérusalem comme une enfant aban­don­née à sa nais­sance. Le fait de ne pas être frot­tée de sel signi­fie l’absence de soin, de pro­tec­tion et d’accueil. Ici, le sel est lié à la fra­gi­li­té de la vie naissante.

Idée prin­ci­pale : l’absence de sel devient signe d’abandon.

7. Juges 9,45

Le sel comme signe de destruction

Abimélek com­bat­tit la ville tout ce jour-là ; il prit la ville, tua le peuple qui s’y trou­vait, détrui­sit la ville et y sema du sel.

Ici, le sel a une signi­fi­ca­tion néga­tive. Semer une ville de sel signi­fie la vouer à la ruine et à la sté­ri­li­té. Le sel n’est plus le signe de l’alliance qui conserve, mais le signe d’une des­truc­tion durable.

Idée prin­ci­pale : le sel peut signi­fier la malé­dic­tion et l’infécondité.

8. Jérémie 17,6

La terre salée comme image d’une vie sans Dieu

Il sera comme un buis­son dans le désert ; il ne ver­ra pas venir le bon­heur. Il habi­te­ra les lieux brû­lés du désert, une terre salée et inhabitable.

Le pro­phète parle de l’homme qui met sa confiance dans l’homme et détourne son cœur du Seigneur. La terre salée repré­sente une exis­tence des­sé­chée, cou­pée de la source de la vie.

Idée prin­ci­pale : la terre salée devient image de sté­ri­li­té spi­ri­tuelle.

9. Sophonie 2,9

Le sel comme image de désolation

C’est pour­quoi, par ma vie, oracle du Seigneur de l’univers, Dieu d’Israël : Moab devien­dra comme Sodome, et les fils d’Ammon comme Gomorrhe, un lieu cou­vert d’orties, une car­rière de sel, une déso­la­tion pour toujours.

Le sel appa­raît ici dans un oracle de juge­ment. Il évoque une terre rui­née, deve­nue impropre à la vie, comme Sodome et Gomorrhe. Le sel marque la mémoire d’une destruction.

Idée prin­ci­pale : le sel peut deve­nir signe de juge­ment durable.

10. Ézéchiel 47,11

Les marais laissés au sel

Mais ses marais et ses lagunes ne seront pas assai­nis ; ils seront aban­don­nés au sel.

Dans la vision des eaux qui sortent du Temple, l’eau vive apporte gué­ri­son et fécon­di­té. Mais cer­tains lieux ne sont pas assai­nis : ils sont lais­sés au sel. Le contraste est fort : là où passe l’eau venue du sanc­tuaire, la vie revient ; là où elle ne passe pas, demeure la stérilité.

Idée prin­ci­pale : le sel marque ce qui reste hors de la gué­ri­son.

Synthèse des textes

Le par­cours de ces textes per­met de dis­tin­guer deux grands usages du sel dans l’Ancien Testament.

  • D’une part, le sel est posi­tif lorsqu’il est lié à l’alliance, à l’offrande, au sacer­doce, à la royau­té ou à la gué­ri­son. Il signi­fie alors la conser­va­tion, la fidé­li­té, la sta­bi­li­té et la protection.
  • D’autre part, le sel devient néga­tif lorsqu’il est asso­cié à une terre aban­don­née, détruite ou sté­rile. Il signi­fie alors la déso­la­tion, l’infécondité et le jugement.

Le trip­tyque cen­tral reste donc :

  • Lévitique 2,13 : le sel de l’offrande.
  • Nombres 18,19 : le sel du sacerdoce.
  • 2 Chroniques 13,5 : le sel de la royauté.

Les autres textes enri­chissent cette struc­ture. Ils montrent que le sel peut aus­si gué­rir une source, pro­té­ger une vie nais­sante, ou au contraire mar­quer une terre deve­nue sté­rile. Ainsi, dans l’Ancien Testament, le sel est à la fois un signe de fidé­li­té et un signe d’avertissement.

Plan de l’intervention

Introduction
Le sel est d’abord une réa­li­té maté­rielle : il conserve, pro­tège de la cor­rup­tion, donne durée à ce qui serait périssable.

I. Le sel comme matière conser­va­trice
Brève pré­sen­ta­tion de sa com­po­si­tion, de son fonc­tion­ne­ment et de son impor­tance dans l’Antiquité.

II. Le trip­tyque biblique de l’alliance de sel

  1. Lévitique 2,13 : le sel sur l’offrande.
  2. Nombres 18,19 : le sel comme alliance sacerdotale.
  3. 2 Chroniques 13,5 : le sel comme alliance royale avec David.

III. Enrichissements dans l’Ancien Testament

  1. Ézéchiel 43,24 : le sel dans le culte restauré.
  2. 2 Rois 2,19–22 : le sel comme signe de guérison.
  3. Ézéchiel 16,4 : le sel comme soin don­né au nouveau-né.
  4. Juges 9,45 ; Jérémie 17,6 ; Sophonie 2,9 ; Ézéchiel 47,11 : le sel comme image de sté­ri­li­té, d’abandon ou de jugement.

Conclusion

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